Accueil » Private equity pour les particuliers : ce qu’il faut savoir avant de souscrire

Private equity pour les particuliers : ce qu'il faut savoir avant de souscrire

Stratégies, véhicules accessibles en Suisse, courbe en J, appels de capitaux, frais réels et fiscalité : la lecture critique avant de signer.

Longtemps réservé aux caisses de pension et aux family offices, le private equity s'ouvre progressivement aux investisseurs particuliers en Suisse. Fonds semi-liquides, véhicules à capital permanent, plateformes de souscription : les portes d'entrée se multiplient, et avec elles les arguments commerciaux. Avant de souscrire, il faut comprendre ce que l'on achète réellement : une prime d'illiquidité, une dispersion de performance considérable entre gérants, et une structure de frais qui n'a rien à voir avec celle d'un ETF.

Contactez-nous pour évaluer si une poche non cotée a sa place dans votre patrimoine, et à quelle hauteur.

L'essentiel en trois points

  • 1. Le rendement supplémentaire rémunère l'illiquidité. Le private equity immobilise le capital sur huit à douze ans dans sa forme classique. Ce n'est pas un défaut du produit, c'est sa raison d'être.
  • 2. Le choix du gérant compte plus que la classe d'actifs. L'écart de performance entre le premier et le dernier quartile est sans commune mesure avec ce que l'on observe sur les fonds cotés.
  • 3. Les frais se cumulent. Frais du fonds sous-jacent, frais du fonds de fonds, frais de plateforme, commission de performance : c'est le total net qui compte, et il est rarement présenté d'un seul bloc.
An 1-2
An 3
An 5
An 7
An 10
La courbe en J : les frais avant les résultats

1. Ce qu'est le private equity

Le private equity désigne l'investissement dans des entreprises qui ne sont pas cotées en bourse. Un fonds lève des capitaux auprès d'investisseurs, prend des participations dans des sociétés, cherche à en augmenter la valeur pendant quelques années, puis les revend. Le produit de ces ventes est redistribué aux investisseurs.

Trois différences majeures avec un investissement en bourse. Il n'y a pas de cours quotidien : la valeur est estimée périodiquement, ce qui donne une impression de stabilité qui n'est pas la réalité économique. Il n'y a pas de sortie à la demande : dans la forme classique, le capital est immobilisé jusqu'aux cessions. Et l'argent n'est pas appelé en une fois : le gérant le réclame progressivement, au fur et à mesure des investissements.

Cette dernière caractéristique est la plus déroutante pour un particulier. S'engager sur 200 000 CHF ne signifie pas verser 200 000 CHF le premier jour, mais devoir être capable de les verser à tout moment sur plusieurs années.

2. Les grandes stratégies

Le capital-risque. Financement de jeunes entreprises innovantes. Espérance de gain élevée, taux d'échec élevé, dispersion maximale. C'est le segment le plus spectaculaire et le plus risqué du private equity.

Le capital-développement. Prise de participation minoritaire dans des entreprises déjà rentables qui veulent accélérer. Profil intermédiaire, moins binaire que le capital-risque.

Le capital-transmission. Rachat d'entreprises matures, souvent avec effet de levier. C'est le segment le plus important en volume, et celui dont la performance dépend le plus des conditions de financement.

Le marché secondaire. Rachat de parts de fonds existants à des investisseurs qui veulent sortir. Avantage pratique majeur pour un particulier : le portefeuille est déjà constitué, ce qui atténue nettement la courbe en J.

La dette privée. Prêts directs à des entreprises non cotées. Le rendement provient d'intérêts, plus réguliers mais fiscalement traités comme un revenu, donc imposés chaque année.

3. Comment y accéder en Suisse

L'accès au private equity dépend d'abord de votre qualification d'investisseur. La loi suisse sur les services financiers distingue clients privés, clients professionnels et clients institutionnels. Un client privé disposant d'une relation de gestion de fortune ou de conseil en placement durable peut, sous conditions, déclarer vouloir être traité comme client professionnel, ce qui ouvre l'accès à des placements réservés aux investisseurs qualifiés.

Sur le plan des véhicules, le paysage a évolué. Le fonds suisse réservé aux investisseurs qualifiés, entré en vigueur le 1er mars 2024, permet de lancer des véhicules sans approbation préalable de la FINMA, à condition qu'ils soient gérés par un établissement surveillé et réservés à des investisseurs qualifiés. Cela a nettement accéléré la création de solutions de private equity accessibles à une clientèle privée fortunée.

Véhicule Liquidité Ticket d'entrée Point de vigilance
Fonds fermé classique Aucune avant les cessions Très élevé Appels de capitaux imprévisibles
Fonds de fonds Très faible Élevé Double couche de frais
Fonds semi-liquide Fenêtres périodiques, avec plafonds Modéré Rachats suspendus possibles en cas de tension
Sociétés cotées de private equity Quotidienne Faible Décote ou prime sur l'actif net, volatilité boursière
Plateformes de souscription Variable Modéré Couche de frais supplémentaire, qualité de sélection à vérifier

Un fonds semi-liquide n'est pas liquide. Il est liquide tant que personne ne cherche à sortir en même temps que vous.

4. La courbe en J et les appels de capitaux

Dans un fonds de private equity classique, la performance affichée est négative les premières années. Les frais de gestion sont prélevés dès le départ, alors que les participations n'ont pas encore produit de résultat. C'est ce que l'on appelle la courbe en J : une descente initiale, puis une remontée à mesure que les cessions interviennent.

Deux conséquences pratiques. La première : juger un fonds sur ses trois premières années n'a aucun sens. La seconde : il faut prévoir la trésorerie nécessaire aux appels de capitaux successifs, sous peine de se retrouver en défaut, avec des pénalités contractuelles qui peuvent aller jusqu'à la perte partielle de la participation.

Les fonds secondaires et les véhicules à capital permanent réduisent fortement cet effet, puisqu'ils investissent dans des portefeuilles déjà constitués. C'est l'une des raisons pour lesquelles ils sont souvent privilégiés pour une première exposition au private equity.

Les repères à connaître

8 à 12
années de durée de vie d'un fonds fermé
3 à 5
années avant que la courbe en J s'inverse
2024
entrée en vigueur du fonds suisse pour investisseurs qualifiés
1 à 3
couches de frais possibles selon le montage

5. Les frais, ligne par ligne

La structure de frais du private equity est la plus complexe de toutes les classes d'actifs, et c'est là que se joue une part considérable du résultat final.

La commission de gestion. Prélevée annuellement, souvent sur le capital engagé et non sur le capital investi, ce qui alourdit le coût réel dans les premières années.

La commission de performance. Part des plus-values revenant au gérant au-delà d'un rendement minimal contractuel. Vérifiez si elle se calcule fonds par fonds ou sur l'ensemble du portefeuille : la différence est substantielle.

Les frais du véhicule intermédiaire. Dans un fonds de fonds ou une solution de plateforme, une seconde couche s'ajoute à la première, parfois avec sa propre commission de performance.

Les frais de distribution et de conservation. Souvent les plus discrets, et pourtant récurrents chaque année.

La bonne question à poser avant de souscrire tient en une phrase : quel pourcentage annuel total, toutes couches comprises, sépare la performance des actifs sous-jacents de celle qui m'est effectivement versée ? Une réponse écrite et chiffrée est le minimum acceptable.

6. La dispersion des gérants

Sur les marchés cotés, l'écart de performance entre un bon et un mauvais fonds actions reste modéré, parce que tous détiennent des titres largement similaires. Dans le private equity, ce n'est pas le cas : les portefeuilles n'ont rien en commun, et l'écart entre les gérants du premier quartile et ceux du dernier est d'un tout autre ordre de grandeur.

Cela a une conséquence directe pour un particulier : accéder au private equity ne suffit pas, encore faut-il accéder aux bons gérants. Or les meilleurs véhicules sont souvent fermés, sursouscrits, ou réservés à des investisseurs institutionnels historiques. Une offre largement ouverte à la clientèle privée mérite donc toujours la question de savoir pourquoi elle est disponible.

La diversification par millésime, c'est-à-dire l'étalement des souscriptions sur plusieurs années, reste le meilleur antidote à la fois au risque de gérant et au risque de cycle.

7. Le traitement fiscal en Suisse

Le principe général reste favorable : les gains en capital réalisés sur la fortune privée ne sont pas imposés, tandis que les revenus distribués le sont. Mais le résultat concret dépend étroitement de la structure du véhicule.

Un fonds de placement collectif suisse est en principe transparent fiscalement : les revenus réalisés sont imposés chez l'investisseur, même s'ils sont réinvestis, alors que les gains en capital du fonds ne le sont pas. Une structure étrangère, en revanche, peut produire des flux qualifiés différemment, et certaines distributions relèvent alors du revenu imposable.

Trois précautions s'imposent. Demandez le reporting fiscal suisse du véhicule avant de souscrire, et non après. Vérifiez la ventilation entre revenu et gain en capital dans les distributions prévues. Et pour un frontalier, rappelez-vous que c'est la fiscalité du pays de résidence qui s'applique, ce qui peut modifier radicalement l'intérêt de l'opération.

8. Pour qui, et à quelle hauteur

Une exposition au private equity se justifie lorsque quatre conditions sont réunies simultanément : un patrimoine financier suffisant pour que la poche non cotée reste minoritaire, un horizon supérieur à dix ans, une trésorerie disponible pour honorer les appels de capitaux, et aucun besoin identifié sur ce capital pendant toute la durée.

Dans la pratique, une allocation raisonnable pour un investisseur privé se situe dans une fourchette basse du patrimoine financier, et vient après la trésorerie de sécurité, la prévoyance déductible et le portefeuille de titres cotés. L'ordre décrit dans notre article sur comment investir son argent en Suisse s'applique intégralement ici.

À l'inverse, trois situations doivent conduire à s'abstenir : un patrimoine encore en constitution, un projet immobilier à moins de cinq ans, ou l'impossibilité d'obtenir une réponse claire sur les frais totaux et les conditions de sortie.

9. Les erreurs les plus fréquentes

1. Confondre volatilité faible et risque faible. L'absence de cours quotidien lisse artificiellement la perception du risque. Le risque économique, lui, est intact.

2. Sous-estimer les appels de capitaux. Un engagement n'est pas un versement. Ne pas pouvoir répondre à un appel expose à des pénalités sévères.

3. Tout souscrire la même année. Concentrer son exposition sur un seul millésime revient à parier sur un point du cycle. L'étalement est la première protection.

4. Se fier aux performances passées du gérant. Elles portent sur des équipes, des tailles de fonds et des conditions de financement qui ont pu changer entièrement.

5. Croire à la liquidité annoncée. Les mécanismes de rachat des fonds semi-liquides comportent des plafonds et des clauses de suspension, activées précisément quand tout le monde veut sortir.

6. Ignorer le reporting fiscal. Un véhicule sans reporting fiscal suisse transforme chaque déclaration d'impôt en exercice de reconstitution coûteux.

On vous propose une solution non cotée ? Contactez-nous pour une analyse indépendante des frais, de la liquidité réelle et du traitement fiscal.

10. Questions fréquentes

Un particulier peut-il vraiment investir en private equity en Suisse ?

Oui, principalement par des fonds semi-liquides, des fonds de fonds, des plateformes de souscription ou des sociétés cotées spécialisées. L'accès aux véhicules réservés aux investisseurs qualifiés suppose de remplir les conditions prévues par la loi sur les services financiers.

Quel rendement peut-on attendre ?

Aucun rendement n'est garanti, et la dispersion entre gérants est telle que les moyennes de marché ont peu de valeur prédictive pour un investisseur individuel. Ce qui est certain, en revanche, ce sont les frais et la durée d'immobilisation.

Combien faut-il pour commencer ?

Les fonds fermés institutionnels demandent des engagements très élevés. Les véhicules semi-liquides et les plateformes ont abaissé les tickets d'entrée, mais la vraie contrainte reste la part que cette poche doit représenter dans le patrimoine total, qui doit rester minoritaire.

Peut-on sortir avant l'échéance ?

Dans un fonds fermé, seulement par une cession sur le marché secondaire, souvent avec décote. Dans un fonds semi-liquide, par les fenêtres de rachat prévues, sous réserve des plafonds et des clauses de suspension.

Le private equity est-il fiscalement avantageux en Suisse ?

Le principe d'exonération des gains en capital privés s'applique, mais le traitement concret dépend de la structure du véhicule et de la nature des distributions. Le reporting fiscal suisse du fonds est un critère de sélection à part entière.

Faut-il préférer les fonds secondaires pour débuter ?

Ils présentent deux avantages pratiques : un portefeuille déjà constitué, donc une courbe en J atténuée, et une meilleure visibilité sur les actifs sous-jacents. Ils ne suppriment ni les frais ni le risque de gérant.

Vous voulez aller plus loin ?

Le private equity peut avoir sa place dans un patrimoine, à condition d'être traité pour ce qu'il est : une poche minoritaire, longue, illiquide, dont le résultat dépend davantage du gérant et des frais que de la classe d'actifs elle-même. Tout le reste est du marketing.

WallSwiss est un cabinet financier indépendant basé à Genève. Nous analysons les solutions qui vous sont proposées, chiffrons les frais réels toutes couches comprises et vérifions la cohérence avec votre horizon.

Faites analyser votre projet

Un échange avec un conseiller WallSwiss, sans engagement.

Contactez-nous

Sources : loi fédérale sur les services financiers, segmentation de la clientèle entre clients privés, clients professionnels et clients institutionnels, et possibilité pour certains clients privés de déclarer vouloir être traités comme clients professionnels. Loi fédérale sur les placements collectifs de capitaux, notion d'investisseur qualifié. Fonds suisse réservé aux investisseurs qualifiés, entré en vigueur le 1er mars 2024, dispensé d'autorisation et d'approbation de la FINMA et devant être administré par un établissement soumis à surveillance. Loi fédérale sur l'impôt fédéral direct, exonération des gains en capital réalisés sur la fortune privée et imposition des rendements de fortune, y compris réinvestis. Traitement fiscal des placements collectifs suisses et étrangers selon la structure du véhicule. Les durées, fourchettes de frais et caractéristiques de liquidité présentées sont des ordres de grandeur de marché et varient selon les véhicules. Aucun rendement futur n'est garanti et les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Cet article est une information générale et ne constitue pas un conseil en placement individualisé.

Picture of PEREIRA Pierrick

PEREIRA Pierrick

FONDATEUR & DIRIGEANT

Associé chez WallSwiss. Spécialiste des problématiques transfrontalières et de l’optimisation LPP pour les cadres dirigeants.

AU SOMMAIRE

Ajoutez votre titre ici

Calculez votre potentiel de rachat et l’économie d’impôt réalisable.