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Donation à ses enfants en Suisse : ce qu'il faut savoir avant

Exonération cantonale, rapport à la succession, réserve réduite depuis 2023 et imposition possible en France : tout ce qui se décide avant le premier virement.

Transmettre de son vivant est plus simple en Suisse qu'en France : dans la grande majorité des cantons, une donation à ses enfants ne supporte aucun impôt, quel que soit le montant. Cette facilité crée pourtant deux illusions dangereuses. La première est de croire que l'absence d'impôt dispense de formalisme civil. La seconde est d'oublier que si l'enfant réside en France, l'opération peut y être taxée, sans qu'aucune convention ne vienne l'en empêcher. Voici la carte complète.

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L'essentiel en trois points

  • 1. L'impôt sur les donations est cantonal. Il n'existe aucun impôt fédéral en la matière, et la plupart des cantons exonèrent les descendants directs.
  • 2. L'absence d'impôt ne dispense pas d'écrire. Sans mention du rapport ou de la dispense, une donation devient une source de conflit au moment du partage.
  • 3. La résidence de l'enfant change tout. Un enfant domicilié en France peut être imposé sur une donation reçue de Suisse, selon les critères du droit français.
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impôt fédéral sur les donations
26
régimes cantonaux distincts
1/2
réserve des descendants depuis 2023
2015
fin de la convention successorale avec la France
Régimes cantonaux à vérifier au cas par cas

1. Un impôt cantonal, pas fédéral

Une donation à ses enfants n'est frappée d'aucun impôt fédéral : la Confédération ne prélève rien sur les donations ni sur les successions. La compétence appartient aux cantons, et parfois aux communes. Il en résulte vingt-six régimes distincts, avec des taux, des abattements et des règles de rattachement propres.

Pour une donation à ses enfants, le principe dominant est l'exonération des descendants en ligne directe. Quelques cantons maintiennent toutefois une imposition des descendants, à des taux généralement réduits et souvent assortis d'un abattement. Cette exception est suffisamment répandue pour qu'il soit indispensable de vérifier le régime du canton concerné avant toute opération, plutôt que de se fier à une règle générale.

Une donation à un tiers, à un concubin ou à un neveu obéit en revanche à une logique entièrement différente : ce sont les taux les plus élevés, parfois supérieurs à trente pour cent, qui s'appliquent. L'écart entre une transmission en ligne directe et une transmission hors famille est, en Suisse, le plus important de tout le système.

2. Ce que paient réellement les descendants

Bénéficiaire Traitement dominant À vérifier
Enfant, petit-enfant Exonération dans la grande majorité des cantons Cantons maintenant une imposition réduite
Conjoint, partenaire enregistré Exonération générale Aucune difficulté usuelle
Frère, soeur, neveu Imposition à taux intermédiaire Barème du canton compétent
Concubin, tiers Taux les plus élevés du barème Conditions de durée de vie commune dans certains cantons

Un point d'attention important : plusieurs cantons réintègrent, pour le calcul de l'impôt successoral, les donations consenties dans un certain délai avant le décès. L'exonération d'une donation à ses enfants n'est donc pas nécessairement définitive dans tous les cantons, et ce délai doit être connu avant de décider d'un calendrier de transmission.

3. Quel canton est compétent

Pour une donation à ses enfants, deux règles de rattachement suffisent dans la quasi-totalité des cas.

Pour les biens mobiliers, argent, titres, objets, c'est le canton de domicile du donateur au moment de la donation qui est compétent. Pour les immeubles, c'est le canton de situation du bien, indépendamment du domicile des parties. Une donation à ses enfants portant à la fois sur des liquidités et sur un immeuble peut donc relever de deux cantons distincts.

Conséquence pratique souvent ignorée : un déménagement intercantonal du donateur modifie le régime applicable aux futures donations mobilières. Lorsqu'un changement de domicile est envisagé et qu'une transmission est prévue, l'ordre des deux opérations n'est pas indifférent.

4. L'aspect civil : rapport et réserve

C'est sur le terrain civil que se situent la plupart des difficultés réelles d'une donation à ses enfants, précisément parce que l'absence d'impôt donne l'impression qu'il n'y a rien à formaliser.

En droit suisse, une donation faite à un héritier est en principe rapportable à la succession : elle sera prise en compte au moment du partage, comme une avance sur héritage. Le donateur peut prévoir une dispense de rapport, dans les limites des réserves héréditaires. Sans mention écrite, l'interprétation se fera plus tard, entre les héritiers, et souvent mal.

Deuxième point : la réserve. Depuis la révision entrée en vigueur en 2023, celle des descendants est réduite à la moitié de leur droit légal, ce qui élargit la marge de manoeuvre. Elle n'a pas disparu pour autant, et un héritier lésé conserve une action en réduction, y compris à l'encontre de libéralités faites du vivant du donateur. Notre article sur les stratégies successorales détaille cette articulation.

Règle pratique : toute donation à ses enfants d'un montant significatif devrait être documentée par un écrit précisant l'objet, la date, la valeur retenue et le traitement souhaité au regard du rapport. Cela coûte une page et évite un contentieux.

En Suisse, donner à ses enfants ne coûte généralement rien en impôt. Ce qui coûte, c'est de ne pas avoir écrit ce que l'on voulait, et de laisser le partage arbitrer vingt ans plus tard.

5. Le piège franco-suisse

C'est le point le plus important pour les familles frontalières qui envisagent une donation à ses enfants, et le moins connu.

Il n'existe pas de convention entre la France et la Suisse réglant la répartition du droit d'imposer les donations. La convention en matière de successions a par ailleurs été dénoncée par la France et a cessé de produire ses effets au 1er janvier 2015. Chaque État applique donc son droit interne, sans mécanisme conventionnel général d'élimination de la double imposition.

Le droit français retient plusieurs critères de rattachement, parmi lesquels le domicile du donateur, la situation des biens, et la domiciliation du bénéficiaire en France pendant une durée significative au cours des années précédant la transmission. Concrètement, une donation à ses enfants consentie par un parent domicilié en Suisse à un enfant installé en France depuis plusieurs années peut être imposable en France, alors même qu'elle est exonérée dans le canton du donateur.

Deux conséquences. Il faut, avant toute opération, déterminer la situation exacte de chaque bénéficiaire au regard du droit français, et non supposer. Et lorsque plusieurs enfants sont domiciliés dans des pays différents, une transmission égalitaire en montant peut se révéler très inégalitaire en net perçu. C'est un cas où l'intervention conjointe d'un notaire et d'un fiscaliste des deux pays n'est pas un luxe.

6. Les formes de donation utiles

1. La donation en pleine propriété. La plus simple et la plus fréquente. Elle suppose de se dessaisir définitivement, ce qui exige d'avoir vérifié que le donateur conserve les moyens de vivre, y compris en cas de dépendance tardive.

2. La donation avec réserve d'usufruit. Le donateur transmet la propriété tout en conservant l'usage et les revenus. Particulièrement adaptée à un immeuble de rapport ou à un portefeuille produisant des revenus nécessaires au train de vie.

3. La donation avec charge. Assortie d'une obligation à la charge du bénéficiaire, par exemple l'entretien d'un parent ou la conservation d'un bien pendant une durée déterminée.

4. Le prêt familial. Ce n'est pas une donation : les fonds restent dus. Correctement documenté, avec un taux et un échéancier, il permet d'aider sans se dessaisir, et il évite la requalification.

5. Le pacte successoral. Lorsque l'objectif est d'obtenir l'accord des autres héritiers, notamment une renonciation, seul le pacte le permet. Un testament ne peut jamais lier les héritiers de leur vivant.

Le choix de la forme d'une donation à ses enfants dépend moins de la fiscalité, souvent nulle en ligne directe, que de deux questions : de quoi le donateur a-t-il besoin pour la suite de sa vie, et comment préserver l'équilibre entre les enfants.

7. La méthode en cinq étapes

Une donation à ses enfants se prépare dans cet ordre, et pas dans un autre.

1. Vérifier ce que le donateur peut se permettre. Une projection de ses besoins jusqu'à un âge élevé, dépendance comprise, précède toute décision. C'est la seule étape irréversible du processus.

2. Identifier la résidence fiscale de chaque enfant. Elle détermine le traitement de l'opération et peut différer d'un enfant à l'autre.

3. Vérifier le régime du canton compétent. Domicile du donateur pour le mobilier, lieu de situation pour l'immobilier, et délai éventuel de réintégration en cas de décès.

4. Choisir la forme et l'écrire. Pleine propriété, usufruit, charge ou prêt, avec mention expresse du rapport ou de la dispense.

5. Documenter et conserver. Acte ou écrit signé, preuve du virement, évaluation retenue pour les biens non liquides. Ces pièces serviront des décennies plus tard.

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8. Les erreurs les plus fréquentes

1. Ne rien écrire parce qu'il n'y a pas d'impôt. C'est l'erreur dominante d'une donation à ses enfants en Suisse, et elle se paie au moment du partage.

2. Ignorer la résidence des bénéficiaires. Un enfant installé en France peut être imposé sur ce que son frère resté en Suisse reçoit en franchise.

3. Se dessaisir trop tôt. Une donation ne se reprend pas. Les besoins de fin de vie, notamment en cas de dépendance, sont systématiquement sous-estimés.

4. Traiter les enfants inégalement sans le dire. Une aide ponctuelle non documentée devient, vingt ans plus tard, un motif de rupture familiale.

5. Confondre prêt et donation. Un prêt sans écrit, sans taux et sans remboursement est susceptible d'être considéré comme une libéralité.

6. Oublier le délai de réintégration. Dans plusieurs cantons, une donation consentie peu avant le décès est reprise dans le calcul de l'impôt successoral.

9. Questions fréquentes : donation à ses enfants

Une donation à ses enfants est-elle vraiment exonérée ?

Dans la grande majorité des cantons, oui, pour les descendants en ligne directe et sans plafond de montant. Quelques cantons maintiennent toutefois une imposition réduite : le régime du canton compétent doit être vérifié avant l'opération, et non après.

Faut-il un notaire ?

Pour une somme d'argent, un écrit signé suffit en principe. Pour un immeuble, la forme authentique et l'inscription au registre foncier sont indispensables. Pour un pacte successoral, la forme authentique est également requise.

Faut-il déclarer la donation ?

Les cantons prévoient en principe une obligation d'annonce, y compris lorsque l'opération est exonérée. Par ailleurs, le bien sort de la fortune du donateur et entre dans celle du bénéficiaire, ce qui se reflète dans les déclarations respectives.

Peut-on donner à un enfant et pas aux autres ?

Oui, dans les limites des réserves héréditaires et sous réserve du rapport à la succession. Une dispense de rapport expresse est nécessaire pour que la donation ne soit pas prise en compte au moment du partage.

Que se passe-t-il si mon enfant divorce ?

Le sort du bien reçu dépend du régime matrimonial de l'enfant et de la nature du bien. Une donation reçue est en principe un bien propre sous le régime ordinaire suisse, mais les fruits et les remplois obéissent à des règles précises, qui justifient une réflexion préalable.

Vaut-il mieux donner ou transmettre au décès ?

En ligne directe et dans un canton qui exonère, l'écart fiscal est souvent faible. La donation présente d'autres avantages : elle répond à un besoin au bon moment, elle permet d'expliquer ses choix, et elle réduit la matière à partager. Elle suppose en revanche de pouvoir s'en passer définitivement.

Vous voulez aller plus loin ?

En Suisse, une donation à ses enfants est fiscalement simple et civilement délicate. La question n'est presque jamais combien cela va coûter, mais trois autres : le donateur peut-il s'en passer jusqu'au bout, les enfants sont-ils traités de manière compréhensible, et l'un d'eux réside-t-il dans un pays qui taxera l'opération. Ces trois réponses se posent avant le premier virement.

WallSwiss est un cabinet financier indépendant basé à Genève. Nous vérifions la capacité de transmission du donateur, la situation de chaque bénéficiaire et le régime cantonal applicable, et nous préparons le dossier remis au notaire, dans le cadre d'un bilan patrimonial complet.

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Sources : absence d'impôt fédéral sur les donations et les successions, compétence des cantons et, le cas échéant, des communes en la matière, avec des barèmes différenciés selon le degré de parenté, exonération générale du conjoint et du partenaire enregistré, exonération des descendants en ligne directe dans la grande majorité des cantons et maintien d'une imposition réduite dans quelques-uns, taux les plus élevés pour les personnes sans lien de parenté, obligation d'annonce des libéralités et réintégration des donations consenties dans un délai déterminé avant le décès dans plusieurs législations cantonales. Règles de rattachement retenant le domicile du donateur pour les biens mobiliers et le lieu de situation pour les immeubles. Code civil suisse, droit des successions dans sa teneur issue de la révision entrée en vigueur le 1er janvier 2023 : réserve des descendants réduite à la moitié de leur droit légal, action en réduction, rapport des libéralités entre héritiers et dispense de rapport, pacte successoral et renonciation, formes requises pour les actes portant sur des immeubles. Code civil suisse, droit du régime matrimonial : qualification de bien propre des libéralités reçues sous le régime ordinaire de la participation aux acquêts. Dénonciation par la France de la convention franco-suisse en matière d'impôts sur les successions, ayant cessé de produire ses effets au 1er janvier 2015, absence de convention réglant l'imposition des donations entre les deux États, et application du droit interne français, notamment de ses critères de rattachement tenant au domicile du donateur, à la situation des biens et à la domiciliation du bénéficiaire en France au cours des années précédentes. Les régimes cantonaux diffèrent sensiblement et évoluent : ils doivent être vérifiés au cas par cas avec un notaire et, en présence d'un élément d'extranéité, avec un fiscaliste de chaque pays. Cet article est une information générale et ne constitue ni un conseil juridique ni un conseil fiscal individualisé.

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HAENSLER Baptiste

MANAGER PATRIMONIAL

Associé chez WallSwiss. Spécialiste des problématiques transfrontalières et de l’optimisation LPP pour les cadres dirigeants.

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